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La santé de la nation se mesure à la santé de sa jeunesse.

NB : Sujet permettant de comprendre l’esprit des discours du Président de la République en faveur des jeunes.

I-    Appréhender le sujet

 

1-    Définir les termes du sujet

 

La nation rassemble ceux qui naissent « ensemble » (latin nascor, naître) formant une réunion d’être habitant un même territoire, ayant des intérêts communs, la jeunesse.

La santé de la nation renvoie donc à la croissance, sa dynamique et au moral de la nation (cf. Ernest Renan ou Fernand Braudel).

La jeunesse est une période de la vie dont il convient de trouver les critères distinctifs : adolescence, puberté, « trentenaires ». Au-delà de l’opposition à la vieillesse, on retrouve la thématique des anciens et des modernes. Concepts clés :

  • Nouveauté
  • Modernité

Autres mots clés : éducation, autorité, solidarité, crise du lien social, etc.

2-    S’appuyer sur des éléments de référence

Histoire : Mai 1968, Tian’namen en 1989- La Querelle entre les Anciens et les Modernes à la fin du XVIIe siècle. Procès de Socrate. Les gérontes à Sparte. La « géroussi » décrite par Plutarque dans la Vie de Lycurgue et dans la Vie de Romulus.

Actualité : Le choix politique de confier la Jeunesse à un Ministère chargé de la jeunesse revenant à dissocier Sport et Jeunesse. Plan Jeunes : le chef de l’Etat a annonce, le 31 décembre 2009, un plan de 3 milliard de F Cfa pour les meilleurs étudiants des universités et grandes écoles du Cameroun. Dans le même sillage, il annonce le 10 février 2011, le recrutement de 25 milles jeunes dans la Fonction Publique camerounaise.

Littérature : Antigone de Sophocle, Rimbaud, David Copperfield ou L’histoire, Les aventures de l’Expérience personnelle de David Copperfield, le jeune de Charles Dickens. Les personnages des Misérables (Cossette et Gavroche).

Idée politiques : La nation-contrat. Nation, unité organique chez Ernest Renan. Conférence à la Sorbonne du 11 mars 1882. « La nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a fait et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le contentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de la vie ».

Droit : Disposition pénale concernant les mineurs, l’ordonnance du 1981. Protection de la jeunesse notamment en matière de santé (tabac, alcools, etc.).

II-                        Proposition de corrigé

Introduction

Vingt deux ans se sont écoulés depuis la contestation née sur la place de Tia’namen, soit le temps d’une génération. Le régime chinois n’a pas évolué de manière radicale. Est-ce à dire que le printemps 1989 n’a servi à rien ? La jeunesse est pourtant indubitablement associée à des mouvements qui ont marqué l’histoire à l’image de 1968 (en France) partagé entre les mouvements étudiants contestant la guerre du Vietnam ou remettant en cause le pouvoir et ceux célébrant un mode de vie (Woodstock en 1969) et plus récemment en 2011, les révolutions dans le monde arabe.

La jeunesse correspondrait ainsi à une période charnière source de tension et de nature à transformer, renouveler les relations sociales. La santé de la jeunesse ne pourrait ainsi que contribuer à la santé du groupe auquel elle appartient, à commencer par la nation. Mais la relation entre la « santé de la nation » et celle de sa jeunesse n’est pas sans ambigüité comme le rappelle l’exemple de la condamnation de Socrate en 399 avant Jésus-Christ quand le tribunal populaire athénien condamne Socrate à mort pour avoir bafoué les dieux de la cité et perverti la jeunesse. La cité entretient donc une relation complexe avec sa jeunesse qu’elle doit protéger et développer tout en se méfiant de la menace que représenterait une jeunesse par nature en contradiction avec la cité. Or, cette contradiction est au cœur du processus démocratique qui se nourrit d’antagonismes pour mieux avancer.

Pour autant, peut-on se limiter à l’idée que la santé de la nation se mesure à la seule santé de sa jeunesse ?

I-                   La santé de la jeunesse recherchée

 

  1. A)Une jeunesse indispensable à la dynamique sociale

 

Les sociétés, dans leurs différentes expressions tant modernes que primitives, reposent pour partie sur leur jeunesses qui conditionnement la pérennité des sociétés. Les sociétés s’attachent ainsi à certains mythes. Au-delà de celui de Jeanne d’Arc, jeune vierge, la jeunesse est auréolée par le personnage de Cid-jeune, fougueux, loyal, aspirant à la gloire- « Fabrice Del Dongo dans La Chartreuse de Parme qui est un jeune noble milanais s’engageant à 17 ans dans les armées napoléoniennes. Cette fougue, cette force sont nécessaires à toute société qui sans jeunesse, se voit confrontée à la peur du déclin (« il n’y a de richesse que d’hommes », Jean Bodin).

Dans le prolongement de l’école de polémologie de Gaston Bouthoul, certains auteurs ont d’ailleurs analysé l’histoire des conflits comme le témoignage de discordances démographiques. C’est parce que l’Allemagne, victime de la crise de 1929 et des Réparations (on se souvient de l’analyse prémonitoire de John Maynard Keynes démissionnant de la délégation britannique lors des travaux de la conférence de la paix et auteur des Conséquences économiques de la paix), est une puissance démographique en mal de devenir, qu’elle ressent un besoin d’espace vital (le lebensraum). A l’inverse, certaines nations vieillissantes se lancent dans l’aventure guerrière de peur de disparaitre.

Cette utilité sociale de la jeunesse se retrouve sur un plan familial, voire individuel. Ce sont dans les sociétés pauvres ou en développement que les familles nombreuses attendent de la profusion d’enfants, les moyens d’entretenir l’ensemble de la famille et d’assurer le niveau de vie des parents. Au plan individuel, l’attachement à la jeunesse et à la santé – ce que Pascal nomme la misère de l’homme – s’explique par le maquillage, l’artifice. L’homme veut défier la nature et les effets du temps. la jeunesse symbolise la Santé et devient un but ultime pour lequel tous les moyens sont bons et d’éviter « l’irréparable outrage » des ans (Athalie de Racine). Elle offre le rêve, mais aussi la révolte. « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées » (Arthur Rimbaud, « petit-poucet rêveur » rappelle le défit du jeune homme qui se pose en s’opposant

A l’instar d’un Gavroche sacrifié, cette jeunesse doit être protégée.

  1. B)Une jeunesse à protéger

 

La jeunesse correspond à une période difficile où les dangers qui pèsent sur les jeunes individus nécessitent l’intervention d’une tutelle protectrice qui peut toutefois menacer à leur tour cette jeunesse.

L’Etat mène une politique de protection tant de l’enfance que de la jeunesse. Les directions de protection judiciaire de la jeunesse, qui relève du ministère chargé de la justice, interviennent en faveur des mineurs de moins de dix ans. Cette action a pu être associée aux politiques en matière de sports. Ainsi, le gouvernement de Léon Blum, au moment du Front populaire, comprenait un ministère de la jeunesse et des sports. Pour autant, cette politique est spécifiquement adaptée aux jeunes. La législation qui leur est applicable est différente de celle des autres individus majeurs. C’est d’une manière plus générale le rôle de l’éducation (qui vient du latin conduire) qui doit permettre à la jeunesse de devenir une « communauté de citoyens » (Dominique Schnapper).

Cette politique n’est toutefois pas dénuée d’ambigüité. La crainte d’une jeunesse rebelle, contestataire n’est pas propre à nos sociétés contemporaines. Victor Hugo dans les Misérables décrit avec force le statut des enfants laissés à l’abandon dans les rues, rappelant que « tous les crimes commencent au vagabondage de l’enfant ». On reconnaît un enfant dans la rue, pourvu qu’il eût quinze ans et qu’il ne sût découcher, on l’envoyait aux galères. Hugo concluait ainsi : « Grand règne ; grand siècle ». Le traitement des enfants est des jeunes est donc à l’image de l’Etat. Quelle place accorde-t-il à sa propre jeunesse ? Le mythe d’Antigone peut être revu sous cet angle. Créon, qui fait office de régent interdit sous peine de mort, d’ensevelir Polynice, coupable de trahison puisque le jeune prince a conduit une coalition étrangère contre sa cité (Les Sept contre Thèbes d’Eschyle). Antigone tient tête à Créon et sera emmurée vive. En voulant emmurer une vivante, jeune et vierge de surcroît, l’Etat atteint la démesure, c'est-à-dire pour les Grec, l’hybris.

Cette ambigüité s’avère en réalité double. De quelle jeunesse s’occupe-t-on ? Se soucier de la « santé de la jeunesse » ne doit pas se faire au détriment du lien social tout entier.

II-                Quelle jeunesse pour quelle nation ?

 

  1. A)Une jeunesse inégalitaire ou fragile

 

La jeunesse recouvre, elle aussi, des formes d’inégalité. Elle peut également être en décalage avec les attentes ou les besoins de la société.

La jeunesse n’est pas une. Elle recouvre, comme à tous les âges de la vie, des inégalités et des différences. De quelle jeunesse parle-t-on ? Celle qui est, à l’instar des travaux de Pierre Bourdieu, le résultat d’une reproduction sociale, conservant, sinon renforçant ses privilèges ? Celle qui conteste, menace la société (Clément Marot se plaignant de son valet, « au demeurant, le meilleur fils du monde »). Les analyses sociologiques de Pierre Bourdieu ont ainsi contribué à démonter les limites du modèle éducatif face à la logique de reproduction social. Dans Les héritiers, Les étudiants et la culture, écrit avec Jean-Claude Passeron et publié en 1964, Bourdieu démontre le pods de l’habitus qui contribue au maintien des inégalités entre les classes d’âge. La jeunesse ne serait donc pas l’occasion d’un nouveau démarrage ou tout simplment d’une mobilité sociale. Deirrière cette affirmation, parfois contestée par certaines auteurs, se dessine une réalité sociale soulignant la coexistence de plusieurs jeunesse. La « jeunesse dorée » côtoie d’autres juenesse oubliées par la société. Or, dans une société de consommation et de méditisation, cette fracture au sein d’une même génération conduit forcément à des tensions (racket à la sortie des écoles, mouvements contestataires lycéens ou universitaires perturbés par des bandes, etc.).

La jeunesse peut constituer également un mythe inaccessible à l’image de celui de Peter Pan, personnage crée par James Matthew Barrie, qui s’enfui le jour de sa naissance parce qu’il avait entendu ses parents parler de ce qu’il ferait quand il serait un homme. Il se réfugie dans le Never Neva Land, le pays des rêves et des jeux où les enfants refusent de grandir, illustration du syndrome repris par Günter Grass dans Le Tambour (1959). Cette jeunesse est en décalage de la société et de ses enjeux. Avec Werther (Les souffrances de jeun Werther de Goethe), c’est aussi l’inquiétude maladive d’une certaine jeunesse traduisant le mal être d’une génération romantique (comme le René de Chateaubriand). Cette jeunesse là peut constituer une « jeunesse oubliée » ou « laissée pour compte ». Ce sont les générations perdues.

Incomprise, frustrée, la jeunesse ou l’expression d’une partie d’entre elle peut à son tour menacer la collectivité et donc la santé de la nation.

  1. B)La santé d’une nation repose sur la solidarité notamment intergénérationnelle

 

Valoriser la jeunesse s’avère normal et nécessaire. Pour autant, il n’est pas souhaitable que cette orientation se fasse au détriment des autres groupes sociaux d’une nation à commencer par la population vieillissante. La tentation d’exclure certains groupes repose classiquement sur la recherche d’un bouc-émissaire comme ont pu le monter les travaux de René Girard. Dans le cas d’une nation, cette tentation peut se doubler d’une idéologie stigmatisant. Le discours nationaliste peut considérer certaines catégories de la population comme inutile sinon, contre-productives. Privilégier la jeunesse peut donc se traduire par une discrimination ou une forme d’injustice. Périodiquement, les sociétés s’inquiètent de leurs jeunesses. Les années soixante voient émerger les bandes den veste de cuir et ne sont pas sans rappeler l’impact de certains films (Easy Rider de Dennis Hopper en 1969). Aujourd’hui, ce sont les bandes du « 9-3 » qui suscitent des craintes. Le conflit de génération est récurrent. Antagonisme normaux dans le processus identitaire de l’individu vis-à-vis de sa famille ou des institutions, ils sont parfois l’objet de polémiques comme à l’occasion de la sortie du film de Lauréat en 1967. Réalisé à l’occasion par Mike Nichols et inspiré du roman éponyme de Charles Webb, ce film retrace les amours d’un jeune-homme et d’une jeune femme mure et mariée. Grand succès à l’époque 40 millions de spectateurs), ce film a suscité une polémique similaire à celle autour de Lolita, roman de Vladimir Nabokov dans lequel le personnage principal, Humbert Humbert se définit comme un « nympho lepte ».

La santé de la société renvoie en réalité au lien social, c'est-à-dire au lien entre les différents groupements sociaux dont les générations. A supposer que les clivages sociaux fassent derrière ceux nés des générations, la santé morale d’une nation dépend donc de la qualité des relations intergénérationnelles. Cela signifie donc que cela dépend de la nature de l’espace sur lequel se nouent ces liens, c'est-à-dire les sociétés démocratiques. Assurer le lien entre les classes d’âge en est un autre qui prend son expression sur la solidarité non communautaire, mais organique au sens durkheimien. L’Etat-providence repose notamment sur l’idée d’un lien établi entre les classes sociales. Les dépenses pour les jeunes sont des investissements pour les personnes âgées à terme. Pour autant, la transformation de la vie communautaire en société, faisant passer les relations sociales du statut au contrat, introduisant par là une nouvelle hiérarchie, n’est pas sans soulever des interrogations. Les jeunes, ayant acquis ou conques de nouveaux droits, peuvent se détacher des liens traditionnels au risque de troubler le lien social ou de perturber les repères habituels. Le nombre accru des jeunes parents, confrontés à de nouvelles responsabilités mais qui ne disposent pas de moyens de les assumer, renvoie à la solidarité intergénérationnelle. De même, les difficultés économiques touchant souvent en premier lieu les jeunes nécessitent de plus en plus l’intervention, le soutien de parents ou grands-parents alors que le schéma inverse fonctionnait encore il y a quelques décennies.

Enfin, les sociétés contemporaines se caractérisent par « le culte de la performance » (Alain Ehrenberg) qui introduit une exigence de rapidité, d’adaptation aux mutations et aux défis posés par le monde moderne. Si les jeunes sont un atout indéniable, il n’est pas inutile de rappeler que la « jeunesse » est une notion plus large qui renvoie en réalité à la capacité de s’adapter à son environnement le plus vite possible.

Conclusion

La Fontaine dans le Vieillard et les trois jeunes hommes se moque des trois jouvenceaux qui ne comprennent pas qu’un octogénaire si avancé en âge plante alors qu’il ne verra pas les fruits de son travail (« Passe encore de bâtir ; mais de planter à cet âge »). Or, ce vieillard s’avère être un sage qui développe une philosophie de la vie bien utile et la fin de la fable donne raison à ce dernier car les trois jeunes hommes meurent victime de la fortune.

De manière plus générale, la place laissée aux jeunes dépend du fonctionnement de la cité. Au-delà de la nation, c’est en effet le régime démocratique qui est déterminant. Une société qui se referme sur une classe générationnelle se dirige inéluctablement vers le déclin. Les rares régimes gérontocratiques ont été des échecs.

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